samedi 27 juin 2015

Information : Dépenses publiques, austérité, fonctionnaires... Didier Migaud tire la sonnette d'alarme

Un peu désabusé. A 63 ans, Didier Migaud, premier président de la Cour des comptes depuis cinq ans, déplore l’inertie de l’Etat, qui ne se réforme pas et continue d’augmenter les dépenses publiques. A la tête d’une armée de 750 fonctionnaires, qui dénonce les gaspillages de l’argent public, il se définit comme un « lanceur d’alerte » face à l’indifférence des politiques.
Le dernier rapport de la Cour sur les finances publiques est sévère. La France est-elle le mauvais élève de l’Europe?

Le déficit, à 4 % du PIB, s’est légèrement réduit en 2014 (de 0,1 point). C’est mieux que ce qui avait été annoncé en septembre (4,4 %), mais moins bien que l’objectif de la loi de finances initiale (3,6 %). En dépit des efforts réalisés, la France reste dans une situation plus déséquilibrée que la moyenne de l’Union européenne (UE), et sa dette s’alourdit.

L’Etat doit-il aller plus loin pour réduire les dépenses?
Jusqu’à présent, l’effort a surtout consisté en une augmentation des prélèvements obligatoires. Il est prévu qu’il porte sur la dépense, avec un objectif plus ambitieux pour 2016 et 2017. La France arrive au deuxième rang de l’UE pour le poids des dépenses publiques, alors que les résultats de ses politiques publiques la mettent rarement sur le podium. Il est possible de stabiliser la dépense sans remettre en cause la qualité des services publics.

Donc il n’y a pas d’austérité en France…
Depuis 2010, la dépense publique a continué d’augmenter, à un rythme certes ralenti, alors qu’elle a diminué chez nos voisins (hors inflation). Dans d’autres pays (Espagne, Portugal, Grèce…), on peut effectivement parler d’austérité. Il est difficile de qualifier ces situations distinctes avec le même terme !

Le gouvernement a annoncé une revalorisation des salaires des fonctionnaires. Les frais de personnel vont-ils déraper?
La politique mise en œuvre depuis 2013 conduit à une augmentation tendancielle des dépenses de personnel de l’État de l’ordre de 700 millions d’euros par an. Or le gouvernement s’est fixé l’objectif d’une progression de seulement 200 millions. Cela ne laisse pas de place pour des dépenses supplémentaires.

Est-il nécessaire de réduire le nombre de fonctionnaires?
Ce n’est pas à la Cour d’en décider. Nous ne sommes pas dans un gouvernement des juges ! En revanche, nous disons si les objectifs du gouvernement sont tenables, et à quelles conditions. L’État peut agir sur le nombre de fonctionnaires, les rémunérations, le temps de travail, la politique d’avancement… C’est à lui de choisir… ou de revoir ses objectifs.

Vous critiquez souvent les investissements publics, notamment des collectivités locales. Pourquoi?
L’investissement public (4,5 % du PIB) est plus élevé que chez nos voisins. Mais certains projets ne sont pas pertinents. La Cour l’a montré sur la grande vitesse ferroviaire ou sur des investissements de collectivités territoriales, comme deux stations d’épuration mitoyennes ou deux aéroports locaux distants de seulement 50 kilomètres… Un investissement n’est pas vertueux en soi. Son efficience doit être évaluée dès l’amont et la décision doit en tenir compte, ce qui n’est pas suffisamment le cas.

Sur les dépenses, vous dénoncez la « politique du rabot » de l’État…
Là où nos voisins ont engagé une véritable réflexion, la France comprime trop souvent les dépenses de façon uniforme, sans s’interroger sur les missions de l’Etat ou examiner leur articulation avec celles des collectivités locales. À la longue, cela a des effets négatifs et affecte le moral des gestionnaires publics.

La France a-t-elle un problème culturel avec la dépense publique ?
Il faudrait cesser de raisonner uniquement en termes de moyens. En matière d’éducation nationale, par exemple, mettre fin à la dégradation de nos résultats n’est pas qu’une question de crédits, mais surtout d’organisation, de fonctionnement et de répartition des moyens existants. Même chose pour la formation professionnelle (32 milliards d’euros) : ceux qui sont le plus éloignés de l’emploi sont ceux qui en profitent le moins !

Qui vous écoute ?
L’opinion publique semble de plus en plus consciente que l’on ne peut pas augmenter indéfiniment la dépense sans s’intéresser aux résultats des politiques menées. La Cour est une sorte de lanceur d’alerte institutionnel. Ses travaux servent le débat public. Ensuite, ce sont les pouvoirs publics qui décident.

Vous avez recommandé la fermeture de certains organismes publics inutiles. L’Etat ne vous a pas suivi…
Nous avons proposé de fermer certaines structures devenues inutiles, comme la chancellerie des universités de Paris ou la Sovafim. Mais l’État a préféré les maintenir…

Comment l’expliquez-vous ?
Il y a toujours quelqu’un qui bénéficie de 1 euro d’argent public, même mal dépensé !

Propos recueillis par David Bensoussan, Thierry Fabre et Ghislaine Ottenheimer

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Il est étonnant que votre site ne fasse pas mention de l'action des communistes du Gard Rhodanien en direction de la Chambre Régionale des Comptes de Languedoc-Roussillon. Que pensez-vous du contenu de la lettre de Michel Tortey au Président de la CRC sur les problèmes de Bagnols et de l'agglomération du Gard Rhodanien ? On aimerait votre point de vue.

http://www.pcfgardrhodanien.com/2015/06/les-communistes-du-gard-rhodanien-s-adresse-a-la-cours-regionale-des-comptes.html

Anonyme a dit…

Bonjour, tout à fait anonyme précédent, quoique vous êtes le second commentaire à ce sujet. Il est aussi étonnant que le candidat MR DAVER n'est pas répondu au questionnaire de RCS pour les élections départementales, les 3 autres candidats y ayant répondu.Qu'en pensez-vous ? j'aimerai votre point de vue ?
La démocratie est un échange d'idée, mais pas quand le support d'information et de communication vous arrange ?
Cordialement

Anonyme a dit…

@28 juin 2015 07:15
Monsieur Tortey a absolument raison, mais venir donner des leçons aux Rassemblement des Contribuables Spiripontains, passons !
Second point, faire un constat, OK, mais quand c'est le même parti qui appelle à voter Hollande et qui appellera encore à voter à gauche, vous m'excuserez de la crédibilité et de la confiance que la classe ouvrière lui accorde.
Mr REY était en Conseil Municipal Spiripontain la semaine dernière, quel est le contenu de l'intervention des élus PC lors de ce conseil ? MERCI
Amitiés RCS