jeudi 7 novembre 2013

Non monsieur le président, les dépenses ne baisseront pas ! par Nicole Grenet

Nous avions abordé, dans un article précédent le fait : 
Que moins augmenter ne signifié pas diminuer.

c'est sur ce même constat que le magazine Capital.fr analyse la baisse des dépenses
"Comme on pouvait le craindre, le plan d’économies «historique» annoncé par le gouvernement est surtout un gros coup de com.
Square Desaix dans le XVe arrondissement, à deux pas de la tour Eiffel, les fonctionnaires de l’Agence nationale des services à la personne (ANSP) font leurs cartons. Le ­téléphone sonne dans le vide et le site Internet n’est plus mis à jour. Et pour cause, l’Etat a décidé de fermer cette structure et de rapatrier ses personnels et ses activités au sein du ministère de l’Economie, son organisme de tutelle. Bilan pour les finances publiques : environ 2 millions d’euros de moins à verser en loyers et frais de fonctionnement à partir de 2014.

Voilà au moins un exemple d’économies que le président de la République pourra mettre en avant ! Cela fait des semaines qu’avec son Premier ministre il tente de persuader l’opinion de sa farouche volonté de tailler enfin dans la bête pour résorber les déficits. D’accord, jusqu’à présent, il a surtout fait valser les impôts, il en convient. Mais, à partir de maintenant, promis juré, tout va changer : c’est en rabotant les dépenses publiques qu’il ira chercher les marges de manœuvre budgétaires, et tant pis si ça ne plaît pas à tout le monde ! «Jamais notre pays n’a entrepris un tel effort», s’est ­exclamé avec des accents churchilliens Jean-Marc Ayrault en présentant le projet de loi de finances 2014. Et c’est vrai que, sur le papier, le budget de l’an prochain en jette : les crédits ­publics devraient y être guillotinés de 15 milliards d’euros.

Le problème, c’est que ce prétendu coup de machette tient surtout du coup de bluff. Car à y regarder de près, le gouvernement ne va pas du tout réduire les dépenses de 15 milliards : il va juste éviter qu’elles… n’augmentent de 15  milliards. Nuance… 
Pour comprendre cette finesse, il faut se rappeler que, d’une année sur l’autre, les sommes engagées par l’Etat et la Sécurité sociale gonflent mécaniquement : les prestations ­sociales et les achats sont renchéris par l’inflation, les salaires des fonctionnaires progressent à l’ancienneté, les remboursements de santé s’accroissent ­naturellement du fait du vieillissement de la population, bref, la barque se charge toute seule. «Si l’on ne faisait rien, elle s’alourdirait de 13 à 15 milliards», confesse le socialiste Christian Eckert, rapporteur général de la commission des Finances de l’Assemblée nationale. Pour autant qu’on les réalise, les économies «historiques» annoncées pour 2014 serviront, pour l’essentiel, à compenser cette dérive. Et le peu qui reste sera mangé par de nouvelles dépenses.

Le budget 2014 prévoit ainsi une saignée au ­ministère de la Défense, mais il programme en parallèle une hausse des ­crédits et des créations de postes à celui de l’Education nationale. L’Ecologie va être rabotée de son côté, mais l’Emploi comptera de nouveaux fonctionnaires. Et ainsi de suite. Au total, le gouvernement imposera l’an prochain 1,8 milliard d’économies et 13 123 suppressions de postes à ses actions non prioritaires, mais il accordera 2,2 milliards de nouveaux crédits et près de 11 000 emplois supplémentaires pour celles dont il entend encourager l’activité.
Si bien que, en fait de 15 milliards, la vraie baisse de la dépense de l’Etat se limitera à 100 millions d’euros, autant dire une poussière au regard des 370 milliards d’euros du budget et de la formidable campagne de communication orchestrée par l’exécutif. «On se moque de nous», s’insurge Agnès Verdier-Molinié, la directrice du think tank libéral iFrap.

A la décharge de François Hollande, ce microrésultat est tout de même meilleur que les piètres performances enregistrées par son prédécesseur. En tenant compte de la Sécurité ­sociale et des collectivités ­locales, la dépense publique corrigée de l’inflation a progressé en moyenne de 1,4% par an entre 2008 et 2011. L’an prochain, on peut s’attendre à seulement 0,4% de hausse, suivi d’un modeste + 0,2% en 2015. Les Français vont donc assister à un «freinage accentué de la dépense publique», comme l’écrit joliment la Cour des comptes. N’oubliez pas de ­boucler votre ceinture…
Si encore François Hollande avait profité de l’occasion pour entreprendre de vraies réformes ! 

Réorganiser en profondeur l’administration, reca­librer notre Etat providence, redéfinir notre modèle social tout entier, comme l’a fait ­Gerhard Schröder en Allemagne il y a dix ans… Par-delà les comptes d’apothicaire et les poignées de milliards, c’est cela, le véritable enjeu de cette affaire de dépenses. Et cela suppose de bousculer pas mal de monde et d’idées reçues.

Au lieu de quoi, toute la ­stratégie de l’Elysée consiste aujourd’hui à faire le moins de vagues possible. Le remplacement de la RGPP (révision ­générale des politiques publiques) par l’actuelle MAP (modernisation de l’action publique), dès le début du quinquennat, en est sans doute la meilleure illustration. La nouvelle méthode de réorganisation de l’administration se veut non violente, en rupture complète avec la «brutalité» de ­Nicolas Sarkozy, qui a laissé de mauvais souvenirs aux fonctionnaires. Avec la MAP, point de souffrance et peu de sacrifices : chaque idée d’optimisation doit «remonter» des ministères concernés vers les services du Premier ministre, et non être «imposée» d’en haut.

Résultat : on ne fait rien, ou presque. Et on évite comme la peste les sujets qui fâchent. 
Le dynamitage du millefeuille ­administratif, qui coûte des fortunes au contribuable ? Rayé des préoccupations. 
La remise à plat de notre système de retraite ? Définitivement écartée du programme. 
Le reprofilage des prestations d’assurance-maladie, afin d’équilibrer durablement la Sécu ? Pas du tout à l’ordre du jour. 
La remise en cause des 35 heures pour les agents de l’Etat, qui pourrait nous faire gagner des milliards ? Elle tient de la grossièreté. 
Quant à la refonte du statut de la fonction publique, qui génère tellement de gaspillages et nuit tant à la productivité de notre administration, elle reste le ­tabou absolu. 
Pour économiser 2 milliards d’euros sur la masse salariale, Jean-Marc Ayrault a simplement prévu de geler le point d’indice (les agents de catégorie C auront des compensations) et d’accorder moins de mesures catégorielles.

Pour le reste, les quelques économies imposées sur le terrain ressemblent davantage à une addition de bouts de chandelle qu’à un tour de force historique. L’annonce de la baisse de 2%
sur le fonctionnement courant des ministères devrait, par exemple, rapporter tout au plus entre 200 et 400 millions d’euros en 2014. Pour atteindre cet objectif, le gouvernement table sur la dématérialisation des procédures (la télédéclaration de vos impôts, par exemple) et la mutualisation des achats d’ordinateurs, imprimantes, voitures ou timbres de tous les ministères et établissements publics par le Service des achats de l’Etat (SAE). Ce dernier a ainsi réussi à négocier un rabais de 46% sur des modèles Renault. Astucieux, mais toutes les entreprises pratiquent ce genre de chasse aux coûts depuis longtemps. Quelques simplifications viendront s’ajouter à ce pseudo-programme de modernisation : la carte d’identité sera bientôt valable quinze ans au lieu de dix, et il sera possible de payer en ligne les cartes grises…


Il faudra aussi compter avec quelques coupes plus hasardeuses, comme celle qui touche le budget des douaniers : leurs véhicules ne sont plus remplacés à neuf au bout de quatre ans comme c’était l’usage. Résultat, «lors des chasses sur l’autoroute, on a du mal à suivre les trafiquants», ­regrette Vincent Thomazo, ­secrétaire général du syndicat Unsa-Douanes. Les contrôleurs des impôts à qui l’on demande de ne plus aller vérifier les comptes des entreprises situées trop loin des ­bureaux pour économiser sur les frais de déplacement ne sont pas très contents non plus. Mais dans l’ensemble, Jean-Marc ­Ayrault n’a pas cassé beaucoup d’œufs pour faire son omelette. L’an dernier, il nous promettait une baisse de 5% des dépenses de fonctionnement. Or, à fin juillet, celles-ci étaient encore en progression de 3% !
 
Pour repasser le mistigri aux voisins, par contre, le chef du gouvernement est un champion. Car ses chers ministères et sa chère administration, prétendument pressurés comme des citrons, ne supporteront en réalité pas même la moitié de l’effort. 
Le reste ? Matignon l’a transmis avec ses compliments à d’autres acteurs de la vie publique. D’abord, les collectivités locales, dont l’Etat réduira l’an prochain la dotation et qui devront se débrouiller pour économiser la différence. Au regard de leurs 200 milliards d’euros de budget, ce sacrifice peut paraître bien léger. Mais rien n’est facile quand il s’agit de tailler dans le dur.

Le comité des finances locales, qui représente les élus locaux, a donc exprimé sa «vive préoccupation» et demandé à ce que cette mesure soit réversible – autrement dit que l’on puisse envisager une hausse équivalente dans deux à trois ans. Mais rien ne dit que les édiles auront la patience d’attendre. Une fois passées les municipales de mars, beaucoup d’entre eux seront sans doute tentés de compenser la pingrerie de l’Etat par une hausse de leurs propres impôts, taxe d’habitation, taxe foncière ou d’enlèvement des ordures ménagères… 

La prétendue baisse des dépenses se transformera alors en hausse des prélèvements.

Pour réaliser «sa» prouesse d’économiser 15 milliards, le gouvernement compte aussi beaucoup sur les opérateurs de l’Etat (BNF, Météo-France, Cned…). Entre 2007 et 2012, ces 556 organismes publics (440 000 employés, 50 milliards de budget) ont été traités comme des rois, leurs moyens financiers ont progressé de 15% et leurs ­effectifs de 6%. Ils vont désormais devoir se mettre au régime sec et rendre près de 1,2 milliard à l’Etat. Chez certains d’entre eux, par exemple le Centre national du cinéma (CNC), Bercy ira de lui-même se servir dans la trésorerie. Dans d’autres, comme l’Agence de l’environnement (Ademe) ou les CCI, il prélèvera une dîme sur les taxes dites «affectées», que les opérateurs collectent pour leur compte propre. Une taxe sur la taxe, en quelque sorte. Mais, comme toujours dans ce genre de situation, ces organismes font jouer leur réseau, passent des coups de fil dans les cabinets ministériels, font planer un risque pour l’emploi et menacent d’abandonner certaines missions. Grâce à quoi, jusqu’à maintenant, ils ont toujours réussi à éviter d’être tondus. Et rien ne dit qu’ils ne s’en sortiront pas encore cette fois-là.

Enfin, le gouvernement prévoit de faire contribuer la Sécu à hauteur de 6 milliards d’euros. Au menu de cette cure d’austérité, le décalage de la date de ­revalorisation annuelle des pensions du 1er avril au 1er octobre – il devrait permettre d’économiser 600 millions en 2014 – les déremboursements de ­médicaments, la baisse des tarifs de certains professionnels de santé, bio­logistes ou radiologues, et la renégociation des prix pratiqués par les cliniques privées. Bref, une louche supplémentaire de petites grattouilles, comme on nous en sert depuis quarante ans. On est loin, très loin des grandes ambitions réformatrices affichées.

Espérons au moins que les technocrates de Bercy qui ont phosphoré sur ce programme d’économies n’ont pas été trop généreux dans leurs hypothèses. La surestimation d’un simple quart de point de la croissance (le gouvernement table sur 0,9% en 2014) suffirait en effet à faire perdre des milliards. 

D’autant que nous ne sommes pas à l’abri d’une sortie d’argent supplémentaire, avec une intervention militaire en Syrie, par exemple.

On serait alors bons pour un budget rectificatif avec encore plus de milliards à imaginer… pardon, à économiser."

Pierre Boivigny

5 commentaires:

Anonyme a dit…

S'il touche aux dépenses, il touche à ses électeurs et en terme de sondage en dessous de 0 il y a quoi ?

Anonyme a dit…

On est vraiment gouvernés par des guignols, S et P abaisse à AA la note de la France pour Montebourg les agences de notation n'ont aucune crédibilité.

Par contre quand Sarko était président et que la note avait été dégradée, la les socialos étaient montés au créneau criant à la catastrophe nationale.

Pitoyables guignols quels qu'ils soient les politiques et ces partis me dégoutent, je les vomis, ils ne veulent que la place.

Tous pourris

Anonyme a dit…

Carton rouge aux politiques qui nous gouvernent ou nous ont gouverné

http://lci.tf1.fr/politique/note-de-la-france-abaissee-le-petit-jeu-des-critiques-entre-la-8308237.html

En 2012 déjà, le candidat François Hollande affirmait que "c'était une politique qui était dégradée", celle de Nicolas Sarkozy. Aujourd'hui, la droite reprend les mêmes arguments, accusant le gouvernement de ne pas faire "les réformes structurelles".



La dégradation de la note de la France ne date pas d'aujourd'hui et la droite ne se prive pas bien sûr de rappeler en ce vendredi comment sous le précédent quinquennat, François Hollande et la gauche avaient attaqué Nicolas Sarkozy et son gouvernement, rendus seuls responsables de cette situation. Qu'ils soient au pouvoir, ou non, les uns et les autres relativisent bien évidemment la portée de la décision des agences internationales.

Petit retour en arrière. Le 13 janvier 2012, l'agence Standard & Poors est la première à retirer à la France son "AAA". En déplacement ce jour-là à Madrid, Nicolas Sarkozy estime que "sur le fond des choses, ça ne change rien. Nous devons réduire les déficits, réduire les dépenses, améliorer la compétitivité de nos économies pour retrouver la croissance". Trois jours plus tard, à Lyon, il fustige le "spectacle parfois indécent, pour ceux qui aiment leur pays, d'hommes et de femmes donnant le sentiment de se réjouir de ce que venait de décider cette agence".

"La France n'est plus en première division" Hollande

Mais le candidat François Hollande, lui, attaque dur. "C'est une politique qui a été dégradée, ce n'est pas la France", réagit-il. Mais "je n'ai jamais fait des agences de notation la référence ultime pour juger les politiques conduites par les États", souligne-t-il. Dans une interview au Monde, le candidat socialiste affirme néanmoins que « la France n'est plus en première division » avec la perte de la note triple A. De son côté, Pierre Moscovici, le directeur de campagne de François Hollande, critique fortement la droite et le gouvernement de François Fillon. "C'est un choc, c'est la sanction terrible d'un échec de la politique du gouvernement de François Fillon et de Nicolas Sarkozy", lance-t-il. Et de poursuivre : la dégradation "consacre le décrochage de la France par rapport à l'Allemagne".

Toutefois, il y a un an, François Hollande devenu président doit changer radicalement de discours lorsque l'agence Moody's dégrade (de AAA à Aa1) la note de la France. « Nous devons en tenir compte, mener notre politique, tenir notre cap et comprendre que nous avons tout intérêt à redresser nos comptes publics et à agir pour la compétitivité", déclare le chef de l'Etat, alors en poste depuis six mois. La porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem souligne, elle, que la décision de Moody's "vient sanctionner, non pas la politique conduite par le gouvernement -ça, on verra dans quelques mois- mais celle qui a été conduite jusqu'à présent par le précédent gouvernement".

Le même jour, Jean-François Copé, estime que "personne ne peut se réjouir d'une telle annonce, lourde d'inquiétudes pour la France. Le gouvernement ne manquera pas de tenter de se défausser sur Nicolas Sarkozy. La vérité, c'est que la gauche porte clairement une part importante de responsabilité dans cette dégradation".

L'Amiral Pédalo a dit…

Les arroseurs arrosés, ou comment se ridiculiser et passer pour de gros charlots

François Hollande et Jean-Marc Ayrault, dans l’opposition en janvier 2012, ont été les premiers à se saisir de la perte du triple A par la France, le 13 janvier 2012, pour en faire un argument politique. La France était alors en pleine campagne électorale. "La perte du triple A, c’est un sentiment d’humiliation, c’est la rançon d’un quinquennat calamiteux", tweetait ainsi Jean-Marc Ayrault.

François Hollande, à l’époque candidat à la présidentielle, y avait vu la dégradation "d’une politique, pas de la France". "C'est la crédibilité de la stratégie conduite depuis 2007 qui est mise en cause. Elle a manqué de cohérence, elle a manqué de constance et elle manqué de clairvoyance et surtout de résultats".

Quant à Ségolène Royal, elle était la première à réclamer que la dégradation de la France ne soit pas minimisée. "Elle devrait servir d'électrochoc", écrivait-elle.


On connaissait les film de série B et les navets des vrais charlots, mais nous avons les dignes héritiers de Gérard Rinaldi et sa bande de potes.

La c'est une série Z et le degré zéro de la politique politicienne.

FS a dit…

Le Général de Gaulle appliquait une rigueur toute militaire dans son rapport à l’argent. Il tenait à payer lui-même les factures d’électricité de ces appartements de l’Elysée, ou les repas donnés à titre privé. Ce sont ces mêmes principes qui lui ont fait renoncés à sa retraite de militaire comme à celle de Président de la République pour ne vivre que de ses droits d’auteur.

Le 9 novembre 1970 il nous quittait